BICOLORES
Petite
anecdote :
Imaginez-vous
en train d'essayer de repérer un lindy hopper américain, que vous
n'avez bien entendu jamais vu, sur la place de la République, un soir
à vingt heures !
Certes, il s'est décrit " de taille moyenne, avec des lunettes et
une petite moustache ". Sur le moment ces indications vous ont paru
suffisantes, mais là… vous vous apercevez que comme par hasard ce
soir-là " des gars à lunettes et à petite moustache "… " ça court
les rues ", ou plutôt la Place de la République.
Que faire alors ? Miser sur un look " à l'américaine " ?, sur l'air
un peu égaré du touriste qui se trouve parachuté dans un lieu inconnu
?… il vous suffit de passer en revue la faune qui vous entoure pour
déchanter. Même l'idée saugrenue de brandir une petite pancarte "
Recherche lindy hopper américain de passage à Paris " qui certes fait
un peu réception d'aéroport ou manifestant ayant perdu le gros du
défilé, ne vous paraît plus aussi absurde que cela et sûrement préférable
à votre situation présente.
C'est alors que d'un coup, jaillit l'IDEE lumineuse, le truc infaillible
! ! ! Et vous voici l'air de rien en train de sortir de votre sac
votre vieille paire de chaussures bicolores… et là, comme par magie,
et à votre plus grand soulagement, vous verrez naître sur le visage
d'un de ces si nombreux gars " à moustache et à lunettes " un sourire
éclatant (vous savez " celui à l'américaine " ) et vous le verrez
foncer sur vous d'un air décidé. Certes, il vous faudra admettre que,
pour une fois, ce n'est pas votre charme naturel qui aura été à l'origine
de cet élan si flatteur, mais bon reconnaissons le mérite à cette
modeste paire de chaussures, l'issue heureuse d'une situation plutôt
hasardeuse.
En leur honneur, je leur consacrerai donc la primeur de cette rubrique
!
Pourquoi les bicolores sont-elles, aujourd'hui encore, un des signes
de reconnaissance des lindy hoppers ?
Dans
les années 20, à l'époque où le Jazz s'impose comme style musical, vont
se côtoyer et se mêler, tant dans les rythmes que dans la composition
des big bands, des éléments africains et européens. La rencontre de
ces contrastes va se répercuter également sur la mode et ces " spectator
shoes " en Amérique, " comparses " ou " cavalières " en Grande-Bretagne
vont, à leur manière, être le reflet de ce mélange de races. Adoptées
par les sportifs (notamment les golfeurs), très prisées par le monde
du show biz (Gene Kelly et Fred Astaire par exemple) et portées par
le Prince de Galles (alors considéré comme l'homme le plus élégant d'Europe),
elles vont connaître leur heure de gloire dans les années 1920 - 1930.
Depuis, régulièrement,
on les voit réapparaître au gré des modes.
Un
peu d'anatomie.
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Rabat |
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Empeigne
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Bout
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Contrefort
Quartier
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Les
couleurs de base sont le noir et blanc ou le marron et blanc (en
référence à ce que l'on vient d'évoquer précédemment). Elles alternent
sur l'empeigne et les quartiers. Ces couleurs nécessitent, pour
être portées avec panache, une tenue élégante et classe. Attention
aux fautes de goût car le noir et le blanc ne s'accordent pas
forcément avec toutes les couleurs !
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Le
rabat peut être...
Le bout peut être, quant à lui...
"
lisse " (sans décor) ou " fleuri " (avec des motifs perforés).
On peut avoir ainsi...
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des
" richelieu " à bout droit et lisse
(ou à bout droit et fleuri)
|
des
" derbys " à bout golf et fleuri
( ou à bout droit et lisse)
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Vous suivez toujours
?
Mais
justement ces petits " trous-trous " si décoratifs ont, eux aussi, leur
histoire… Ces perforations, appelées " brogueings ", qui aujourd'hui
ont un rôle purement esthétique, auraient été inventées par des paysans
irlandais afin que leurs galoches (les brogues), détrempées par les
sols particulièrement humides et marécageux de leurs contrées, sèchent
plus rapidement. Sortes d'aérations qui ont parfois gardé leur fonction
dans certaines chaussures de sport ou d'été. Remarquez bien, si elles
avaient continué à jouer leur rôle, cela permettrait peut-être à nos
pauvres pieds, échauffés par les heures de danse, de respirer plus facilement,
non ?
Enfin
! Rêvons un peu… si seulement ces bicolores aux origines irlandaises
pouvaient conjuguer, l'énergie et la légèreté des troupes de danseurs
irlandais au " moelleux " et au " bounce " des danseurs de Lindy Hop
de l'époque, ce " serait le pied ", hein ?
Joëlle.
Juin
2002
Pour en savoir
plus...
"Haute Pointure,
Histoire de la Chaussure", C. Mc Dowell, éd. Robert
Laffont
"La Chaussure Homme Faîte Main", L. Vass et M.
Molnar, éd. Konemann
"Un Siècle de Chaussures, Reflet des Styles du XXè
Siècle", A. Pattison et N. Cawthorne, éd. Serge
Média
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